Le castor, un animal recherché

Le castor a joué un rôle tellement important
en Nouvelle France que déjà en 1678,
le gouverneur propose pour la ville de Québec
des armoiries contenant un castor.
Le castor fut également inclus
dans les armes de la ville de Montréal en 1833,
lorsque celle-ci fut érigée en municipalité.
Aujourd'hui, on le retrouve sur l'envers
de nos pièces de 5 cents.


Avant la venue des premiers européens sur notre continent, les amérindiens capturaient des animaux presqu'exclusivement pour se nourrir et se vêtir. Et parmi tous ces animaux, le castor occupait une place privilégiée puisqu'il servait à la fabrication de vêtements chauds pour l'hiver. Les castors occupaient la plus grande partie du continent nord-américain depuis le golfe du Mexique jusqu'à la baie d'Hudson. On peut estimer que leur nombre atteignait alors plusieurs dizaines de millions d'individus jouant un rôle important dans l'équilibre de leur milieu. Leurs barrages multipliaient le nombre des étangs que s'empressait d'occuper une faune aquatique aussi abondante que variée: des oiseaux, des insectes, des amphibiens et même des poissons dans les étangs situés dans le prolongement des ruisseaux. De plus, les castors servaient de nourriture à de nombreux prédateurs comme le loup, le lynx et l'ours noir; mais ces prédateurs aidaient ainsi à maintenir la stabilité des populations. L'arrivée des européens va complètement bouleverser cet équilibre précaire.

Au début du XVIIe siècle, les premiers colons découvrent la valeur économique des fourrures, particulièrement celle du castor. En Europe, les chapeaux de castors sont à la mode et une surexploitation de ce rongeur a provoqué une diminution importante de leurs populations. Les commerçants se tournent alors vers la Nouvelle France qui présente à leurs yeux une mine d'or; le territoire est immense et inexploité et les peaux sont d'une qualité remarquable. Sous les pressions de ces commerçants de fourrures, les Amérindiens, pour qui la capture d'animaux n'a pas de secret, se mettent à trapper intensément. Les trappeurs se lancent sur toutes les voies d'eau de l'Amérique du Nord. Parmi les plus illustres, rappelons la mémoire de Pierre-Esprit Radisson et Médard Chouart des Groseilliers qui parcourent la région des Grands Lacs. En 1667, ils ouvrent un comptoir de traite des fourrures avec les Crees et le commerce avec l'Angleterre débute depuis Fort Rupert à la baie James. Pour la Nouvelle France, les fourrures deviennent la première et la principale source de revenus, c'est un commerce qui repose sur le troc avec les amérindiens; la peau de castor sert de monnaie d'échange sur l'ensemble du nouveau continent. Des document anciens font état de la valeur des peaux à cette époque: ainsi, 12 peaux de castors s'échangent contre un fusil, 6 peaux contre une couverture de laine, 2 peaux contre une hache et 1 peau permet de se procurer un couteau ou 4 livres de plomb à balles... L'abondance et la valeur des peaux amènent rapidement à une surexploitation de la ressource. De 1675 à 1685 on échange 89 500 livres de peaux de castors. Deux ans plus tard, ce nombre passe à 140 000 livres et dans les quelques années suivantes ce nombre atteint même les 800 000 livres. Et comme cette quantité dépasse largement les besoins de l'Europe, cela donne lieu à beaucoup de gaspillage. Pendant que les trappeurs accentuent leurs activités, les surplus s'empilent et moisissent dans les entrepôts. Finalement, à la fin du siècle, le roi Louis XIV signe une première ordonnance pour mettre de l'ordre dans toutes les activités liées à la capture et à la traite des fourrures et éviter ainsi que cette ressource ne s'épuise.

Au début du XVIIIe siècle, l'engouement pour la confection de chapeaux à partir de peaux de castors bat encore son plein en Europe. La demande de fourrures de castors continue de plus bel, ce qui accroît davantage la pression sur les populations de castors. Vers 1750, on estimait déjà à plus de 2 millions le nombre de castors tués en Amérique du Nord. Au même moment, on découvre d'autres vertus au castor et la demande se diversifie. On le chasse aussi pour son musc, cette substance odorante secrétée par une glande et qui lui sert à délimiter son territoire. On prétend que son action soulage le hoquet et certains maux plus importants comme le sciatique, les spasmes, la pleurisie et même la tuberculose. À tort ou à raison, on vante aussi ses propriétés pour améliorer l'ouïe et la vue. De plus, comme les cours d'eau sont des voies naturelles de communication et de transport, des colons commencent à s'y installer défréchissant peu à peu la forêt qui longe les berges. Avec l'augmentation des colons, ce qui est au début un petit bourg devient peu à peu un village. On défriche des superficies de plus en plus grandes pour pouvoir cultiver, faire l'élevage de quelques animaux et aménager des chemins. L'habitat du castor commence alors à se rétrécir.

Jusqu'au milieu du XIXe siècle, particulièrement en Angleterre, la fourrure du castor est encore utilisée pour doubler l'intérieur des chapeaux de feutre. Le trappage du castor se poursuit donc avec une grande intensité sans aucun souci pour la condition des populations. Pourtant, dès 1820, un premier signal d'alarme était sonné puisque le castor était déjà complètement disparu de vastes régions des États-Unis. En peu de temps, des villes surgissent de partout, les routes se multiplient, l'agriculture et l'élevage prospèrent, empiètant de plus en plus sur les forêts. L'habitat du castor continue de rapetisser. Le XIXe siècle, c'est aussi le début de l'industrialisation et de la pollution gandissante des grands cours d'eau, déterriorant d'autant le milieu de vie du castor. Cette exploitation toujours grandissante du sol du Nouveau Monde par les humains expliquera la disparition presque complète du castor du sud et de l'est de l'Amérique du Nord vers 1870.

Au début du XXe siècle le castor connait encore une situation dramatique. Au Québec, l'exploitation excessive a décimé un grand nombre des populations. On constate que sur l'ensemble du territoire de la baie James, jadis le paradis des trappeurs, rares sont les huttes encore habitées. Le castor est menacé de disparition. Enfin en 1934, devant la gravité du problème, le gouvernement québécois adopte une loi prohibant la capture du castor pour une période de 10 ans sur l'ensemble de son territoire. Il est imité par d'autres provinces canadiennes et de nombreux états américains. Cette mesure visait à sauver de l'extinction les populations de castors existantes et surtout à en accroître le nombre. Durant cette période et malgré la nouvelle règlementation, le castor n'est pas à l'abri de braconniers et de cultivateurs dont le castor n'épargne pas les fossés de drainage, les champs et les chemins. La mesure est toutefois suffisante pour permettre sa réimplantation graduelle sur l'ensemble du territoire canadien et américain. Actuellement, on estime la population de castors entre 6 et 12 millions d'individus. Et comme il s'accommode assez bien de la présence des humains, on peut l'observer à la porte des villes et des villages pour le plus grand bonheur des uns et parfois le désagrément de certains autres. Aujourd'hui, comme les fourrures ont été remplacées, très souvent par une gamme de tissus synthétiques, le castor est plutôt menacé par la pollution industrielle et domestique, l'exploitation forestière, la construction de routes, de barrages ou de développements qui empiètent sur son habitat.



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